L'angoisse de séparation
C'est le seul trouble du sommeil qui soit un progrès. Votre enfant vient de comprendre que vous continuez d'exister quand vous sortez de la pièce — et il en tire la conclusion logique : il peut vous rappeler.
Ce qui se passe dans sa tête
Vers 8 mois s'installe ce qu'on appelle la permanence de l'objet : un enfant comprend que ce qui disparaît de son champ de vision continue d'exister ailleurs. Avant, vous quitter, c'était vous voir cesser d'être. Maintenant, c'est vous savoir dans l'autre pièce, sans vous.
La conséquence sur le coucher est directe. Quitter la chambre n'est plus un geste neutre, et un enfant qui s'endormait seul depuis des mois peut se mettre à pleurer à la seconde où votre main touche la poignée.
Quand, et combien de temps
Le pic classique se situe entre 8 et 12 mois, avec des retours par vagues vers 15-18 mois, puis autour de 2 ans. Chaque vague dure en général deux à six semaines.
Ce n'est pas une régression du sommeil, et cela ne demande pas de méthode : cela demande de tenir le cap pendant quelques semaines, sans défaire ce qui a été construit.
Le vrai travail se fait en journée
C'est le point que presque tout le monde inverse. On cherche à régler l'angoisse de séparation au moment du coucher, c'est-à-dire au pire moment : fatigué, dans le noir, à la fin de la journée.
Elle se travaille de jour, par le jeu :
- Le coucou-caché, encore et encore. C'est littéralement l'exercice : disparaître, réapparaître, prouver que ça revient.
- Sortir de la pièce en parlant depuis l'autre côté du mur, puis revenir. La voix maintient le lien pendant que le corps est absent.
- Allonger progressivement. Cinq secondes, puis quinze, puis une minute. Toujours revenir avant que l'inquiétude ne monte, jamais après.
- Annoncer les départs, même courts, même pour aller à la cuisine. Un parent qui disparaît sans prévenir donne une raison de surveiller.
Au coucher : reculer d'un cran, pas de dix
La tentation est de rester jusqu'à l'endormissement, tous les soirs, parce que cela marche immédiatement. Or c'est ainsi qu'on réinstalle une association d'endormissement qu'il faudra défaire ensuite — et défaire coûte toujours plus cher qu'accompagner.
La règle : si votre enfant s'endormait seul, restez dans la pièce quelques soirs. Ne le reprenez pas dans les bras, ne recommencez pas à le bercer, ne rétablissez pas la tétée d'endormissement. On descend d'un barreau sur l'échelle de l'aide, pas de six.
Et l'on remonte dès que la vague passe, sans attendre. Trois semaines dans la chambre deviennent une habitude ; trois nuits n'en font pas une.
Les gestes qui aident, le soir
- Un rituel plus long qu'à l'ordinaire, pas plus court. Le temps passé ensemble avant la séparation en atténue la brutalité.
- Une phrase de sortie identique, tous les soirs, mot pour mot. La répétition est ce qui rassure, pas le contenu.
- Sortir, et revenir vite. Revenir au bout de trente secondes, puis d'une minute, prouve ce qu'aucune explication ne prouve.
- Un doudou, à partir de 1 an. Il reste disponible toute la nuit, contrairement à vous.
Ce qui prolonge la période
Deux choses, et elles se ressemblent : revenir en arrière complètement — reprendre dans le lit des parents, rendormir dans les bras — et changer de stratégie tous les trois jours. Un enfant angoissé a besoin de prévisibilité avant d'avoir besoin de présence.
Et si les nuits étaient déjà difficiles avant cette période, l'angoisse de séparation n'en est probablement pas la cause principale : elle s'ajoute à une association d'endormissement ou à un rythme mal calé, qui restent à traiter pour eux-mêmes.