Les poussées dentaires
Les dents expliquent beaucoup de mauvaises nuits, et beaucoup trop. Une poussée dentaire dure quelques jours par dent ; des réveils qui s'installent sur six semaines ont une autre cause, et la chercher ailleurs fait perdre des mois.
Ce qu'une poussée dentaire provoque réellement
Les symptômes attribuables à la sortie d'une dent sont réels, mais modérés et brefs :
- une gencive gonflée, rouge, sensible au toucher ;
- une salivation nettement augmentée ;
- le besoin de mordiller tout ce qui passe ;
- une irritabilité, et des nuits moins bonnes ;
- parfois un léger refus de manger, la succion étant douloureuse.
La durée est le point clé : la gêne se concentre sur les trois à cinq jours qui entourent la percée de la gencive, pas sur les semaines qui précèdent.
Ce qu'elles ne provoquent pas
C'est ici que se joue la différence, parce qu'attribuer aux dents des symptômes qui n'en viennent pas retarde un diagnostic.
Une fièvre supérieure à 38 °C n'est pas une poussée dentaire. Une diarrhée franche, des vomissements, une éruption cutanée, une toux ou un enfant abattu ne le sont pas non plus. Ce sont des motifs de consultation, quel que soit l'état des gencives.
De même, des réveils nocturnes qui durent plusieurs semaines ne s'expliquent pas par les dents. Une dent met quelques jours à sortir ; six semaines de nuits hachées désignent autre chose — le plus souvent une association d'endormissement, une fenêtre d'éveil mal calibrée, ou une chambre trop chaude.
Ce qui soulage, et ce qui est dangereux
Ce qui aide est simple : un anneau de dentition réfrigéré — au réfrigérateur, jamais au congélateur, un objet gelé brûle la gencive —, un massage doux de la gencive avec un doigt propre, et un gant de toilette froid à mordiller.
Ce qu'il ne faut pas utiliser :
- Les colliers d'ambre, et tout collier porté par un bébé. Ils présentent un risque d'étranglement et d'étouffement, et n'ont aucun effet démontré. Ils ne doivent jamais être portés pour dormir — ni, en réalité, le reste du temps.
- Les gels gingivaux anesthésiants, qui ont fait l'objet de restrictions d'usage chez le nourrisson. Ne pas en appliquer sans avis médical.
- Tout médicament, homéopathique ou non, donné de sa propre initiative. Si votre enfant semble avoir mal, c'est votre médecin ou votre pharmacien qui indique quoi donner, à quelle dose et à quel âge.
Comment savoir si ce sont les dents
Trois questions permettent de trancher assez vite :
- Depuis combien de temps ? Trois jours, c'est plausible. Trois semaines, non.
- La journée aussi ? Une douleur dentaire gêne aussi les siestes et les repas. Un enfant parfaitement bien en journée qui se réveille cinq fois par nuit a un problème de nuit.
- Que se passe-t-il quand vous intervenez ? Un enfant qui se rendort en quelques secondes dès qu'on le prend dans les bras ou qu'on lui donne le sein n'avait pas mal : il lui manquait sa condition d'endormissement.
Traverser la période sans installer d'habitude
Une vraie poussée dentaire justifie de consoler davantage — c'est une douleur, et on répond à une douleur. Le piège est ailleurs : ce sont les habitudes prises pendant ces quelques nuits qui restent ensuite.
Reprendre le sein à chaque réveil ou rendormir dans les bras pendant trois nuits n'a aucune conséquence. Le faire pendant trois semaines, « à cause des dents », installe une association d'endormissement qui survivra très largement à la dent.